licence professionnelle
Licence professionnelle et valorisation des talents
Par Xavier Latour,docteur en droit, maître de conférences en droit, directeur de la licence professionnelle "Securité des biens et des personnes" et Valérie Hauet, responsable de formation

Depuis plusieurs années, la sécurité privée produit un important effort de professionnalisation. Le souci de fournir un service de qualité grâce à hommes et des femmes bien formés et bien encadrés est devenu une préoccupation de nombre d’entreprises. A cette fin, le regard se tourne vers une offre de formation à propos de laquelle nous avons déjà montré dans cette revue qu’elle méritait d’être clarifiée. Cette démarche est, en effet, indispensable pour accompagner les entreprises dans leur démarche d’amélioration de leur image.
Les donneurs d’ordre et nos concitoyens sont très attentifs à l’évolution d’un domaine trop souvent décrié parce que mal connu ou victime des errements d’opérateurs dépourvus de scrupules et jetant l’opprobre sur l’ensemble de la profession.
Afin de répondre à ce besoin de formation, les employeurs et les salariés ont à leur disposition principalement des formations universitaires, donc diplômantes, ou professionnelles prenant la forme des certificats de qualification professionnelle (CQP).
Franchir les “barrières” de l’Université
Si cela est parfois méconnu, l’Université dispose d’une offre de formation capable de satisfaire les besoins des professionnels les plus exigeants. Et pourtant, la seule évocation du terme “Université” suscite des réactions partagées faute d’une bonne connaissance de ce que cette vénérable institution est devenue. Elle est souvent une source d’attirance en représentant le temple du Savoir, le vecteur d’une reconnaissance intellectuelle valorisante pour celui qui en est diplômé. Pourtant, elle peut aussi dérouter.
Les impétrants se posent souvent des questions, fondées ou pas, susceptibles de les dissuader d’y entrer. Sans avoir la prétention de l’exhaustivité, l’expérience nous enseigne que les candidats se demandent : s’ils peuvent réellement y rentrer ; si la formation n’est pas trop abstraite ou théorique, déconnectée des réalités professionnelles ; si le niveau n’est pas trop élevé ou, pire, trop bas ; si le volume horaire n’est pas trop important. Ainsi, beaucoup sont attirés par une aura persistante (bien que parfois temporairement fragilisée…), mais ils n’osent pas franchir le seuil car ils ne savent pas si l’investissement en temps et en travail en vaut la peine.
Une réponse s’impose : n’ayez pas peur ! L’Université n’est pas un monstre froid, un modèle d’abstraction dont le prestige ne reposerait que sur une histoire pluriséculaire. Depuis plusieurs années, elle a fait des efforts considérables pour ne pas devenir une machine à former des chômeurs en raison d’une inadéquation entre les impératifs du marché du travail et le contenu des formations dispensées.
Un espace d’excellence accessible et d’échanges multiculturels
Le domaine de la formation en matière de sécurité n’a pas échappé à cette tendance. Des progrès ont été accomplis pour rendre les formations accessibles et performantes. Les licences professionnelles en sont un excellent exemple.
Les Universités sont accessibles en répondant aux défis d’une formation tout au long de la vie et au pari d’une seconde chance offerte à ceux à qui le système éducatif n’avait pas su trouver une place lorsqu’ils étaient plus jeunes. Un public en formation initiale côtoie, de plus en plus, des personnes en formation continue. Cela conduit à un brassage des tranches d’âge et des situations sociales. Plus que jamais, l’Université affirme sa vocation de creuset où chacun s’enrichit des différences des autres.
Par une subtile alchimie, des hommes et des femmes de toutes conditions se donnent les moyens de réaliser leur rêve d’ascension sociale. Si, naturellement, tout n’est pas parfait, beaucoup de licences professionnelles constituent, de ce point de vue, un exemple de diversité, en particulier en matière de sécurité privée.
Des diplômes utiles en parfaite adéquation avec les attentes du marché
Les Universités sont performantes, en créant des diplômes en adéquation avec les réalités économiques et conçus pour favoriser l’employabilité de leur titulaire. A cette fin, une véritable révolution a été opérée. Celle-ci conduit à associer les professionnels au fonctionnement des formations.
De plus, les étudiants sont placés au contact des réalités. En d’autres termes, l’Université sait de mieux en mieux concilier la transmission de savoirs théoriques et la maîtrise des aspects strictement professionnels d’un domaine. En étant des diplômes nationaux répondant d’une part, à un cahier des charges fixé et contrôlé par le ministère de l’Enseignement supérieur ainsi que, d’autre part, aux exigences européennes en termes de formations, les licences professionnelles ne laissent aucune place au doute quant à leur valeur.
La sécurité privée au premier rang !
Il est donc heureux que la sécurité privée puisse s’appuyer sur ce type de formations pour attirer et fidéliser une partie de celles et de ceux qui ont choisi d’y développer leur activité professionnelle. Ce niveau d’études à bac+3 est bien adapté à la formation d’un encadrement intermédiaire de qualité ou à celle d’entrepreneurs de TPE ou PME. Il ne remet cependant pas en cause l’incontestable utilité des CQP, tout en s’en distinguant sur plusieurs points.
Il y a une vie - et une carrière – après le CQP
Si la reconnaissance de l’aptitude professionnelle est soumise à une exigence minimum de formations, les seuls CQP et autres diplômes de niveau V, détenus majoritairement par les salariés du secteur, ne suffiront pas à tirer la profession vers le haut. Tout en saluant l’effort de la branche pour accueillir les nouveaux salariés, il conviendrait toutefois de poursuivre les actions entreprises pour assurer aux salariés une employabilité durable et évolutive.
Pour le secteur qui nous occupe, les Licences professionnelles “Sécurité des Biens et des Personnes”, offrent aujourd’hui aux acteurs concernés, une réelle opportunité pour sécuriser les parcours, accompagner les changements et développer les compétences. D’abord leur accès se fait sur sélection. On remarquera que le terme ne fait plus peur !
Les candidats font l’objet d’une étude attentive de leur dossier et d’un entretien afin de vérifier leur motivation. Car, point n’est besoin de venir de la sécurité privée pour faire une licence en ce domaine. Chaque année, les promotions accueillent des étudiants venant de tous les horizons.
Répondre à une inévitable complexification du secteur
Par ailleurs, la multiplicité des voies d’accès (VAE, VAP 85, formation continue et initiale et apprentissage) permet, à la fois, reconnaissance individuelle, amélioration des conditions de recrutement et mobilité interne. D’ailleurs, “une entreprise qui sait utiliser efficacement le potentiel de ses salariés peut posséder un avantage compétitif face à la concurrence” [1]
Ensuite, les exigences actuelles des donneurs d’ordre autant que la complexification du cadre légal et économique requièrent des compétences techniques, comportementales, juridiques et managériales, que les seuls apprentissages informels (expérience) ou de courte durée ne peuvent combler. A ce titre les licences professionnelles imposent de suivre environ 400 heures de formation. Cela peut paraître important, voire décourager certains candidats ou entreprises. Pourtant, l’accession aux responsabilités dans un monde en mutation permanente est à ce prix. Des formations plus courtes et de qualité ont toute leur utilité pour sensibiliser les professionnels à certaines problématiques (on pense, en priorité, à la formation initiée par le CDPS avec l’INHESJ). Elles ne dispensent cependant pas d’approfondissements. Les réflexes sont une chose, les capacités d’analyse et de réflexion acquises uniquement grâce à un travail de fond et sur la durée, en sont une autre. De ce point de vue, les licences professionnelles remplissent pleinement leur objectif de formation théorique et pratique.
La théorie a bien pour finalité de donner des bases intellectuelles solides à partir desquelles seront construits les raisonnements opérationnels. Elle présente en outre l’avantage de favoriser les reconversions en étant transversale à plusieurs domaines d’activités.
Des formations Pro dispensées par des Pro pour des Pro
En outre, Pour toucher plus grand monde, la Licence peut même être suivie sur deux années (contrôle dérogatoire) en répartissant les cours et les examens en accord avec l’équipe pédagogique.
Enfin, les licences professionnelles répondent à l’ambition de l’Université de former un encadrement opérationnel. A cette fin, l’implication des professionnels est indispensable ; ils ont rejoint des comités de pilotage et participent activement aux enseignements. Les Licences privilégient la pratique (études de cas, visites sur sites, organisation et participation à des rencontres professionnelles…) et proposent une organisation compatible avec une activité professionnelle. Beaucoup d’entreprise doivent malgré tout encore comprendre qu’un salarié en formation n’est pas un poids, mais une chance pour l’avenir. Pour les convaincre, les Licences fonctionnement sur le principe de l’alternance entre les enseignements et les périodes en entreprise.
Ce rythme est, effectivement, l’occasion pour le stagiaire, le salarié ou l’apprenti de mobiliser ses savoirs dans sa pratique professionnelle et d’améliorer ses façons de faire ou d’agir. A ce stade, il convient de souligner le rôle important d’un encadrement de proximité ou de tuteurs en entreprise, pour offrir des opportunités de mises en œuvre, faire des retours constructifs sur les pratiques et encourager à progresser. “Il n’y a rien de plus professionnalisant que d’être entouré de bons professionnels” [2]
Le résultat est à la hauteur de l’investissement en temps et en travail. A la sortie, les reçus sont titulaires d’un diplôme national, permettant à ceux qui le souhaitent de prétendre à la qualité de dirigeant d’entreprise de sécurité privée ou de progresser dans leur carrière, si et seulement si, les employeurs jouent véritablement le jeu.
En favorisant les interventions des professionnels, en encourageant les retours d’expérience, cette formation espère ainsi voir les entreprises s’approprier ce dispositif comme un outil au service d’une bonne gestion des emplois et des compétences. On le constate, l’Université a opéré une mutation en profondeur. Celle-ci doit encore être pleinement comprise par les acteurs de la sécurité privée qui disposent d’un moyen adapté et performant afin concrétiser leur volonté affichée de professionnalisation.


