Point sur le marché du conseil en matière de vidéosurveillance urbaine
Un marché en croissance en quête de financement pérenne
Que dire du marché du conseil en matière de vidéosurveillance urbaine ? Structuré depuis peu de temps (en 2007, quand a été lancé le plan national d’équipement par Michèle Alliot-Marie, ministre de l’Intérieur), ce marché représente une manne importante pour les professionnels de la sécurité privée. Reste toutefois à arbitrer sur le financement de cet équipement certes efficace mais néanmoins couteux.
Le marché du conseil en matière de vidéosurveillance urbaine atteint aujourd’hui une phase de maturité alors qu’entre 95 et 2007, c’était un marché qui n’était pas organisé ; aucun texte ne formalisant la coopération opérationnelle entre les villes, les services de police et de gendarmerie. Il a fallu attendre les attentats de Londres, les lois de prévention du terrorisme puis l’annonce du plan national de la vidéosurveillance pour que la vidéosurveillance deviennent une priorité nationale et que soit mis en œuvre un partenariat formalisé sur l’exploitation des images et sur les financements.
Actuellement une trentaine de cabinets conseils occupent le marché français pour accompagner les communes tandis que, de son côté, l’État finance 75 projets prioritaires. Le nombre de projets soutenus par le FIPD (fonds interministériel de prévention de la délinquance) se situe entre 60 à 80 projets par an sur un marché de centaines de communes.
Les villes s’interrogent
On constate que toutes les villes, indépendamment de leur taille, se posent la question de la vidéoprotection, soit pour l’écarter - certaines villes considèrent qu’elles ne sont pas prêtes soit politiquement, soit financièrement - soit pour s’engager dans cette démarche ; d’autres enfin, se posent la question de l’opportunité.
Cette question est d’ailleurs systématiquement évoquée dans le cadre de la prestation de conseil, même lorsque la collectivité consulte sur des aspects de diagnostics en matière de prévention de la délinquance. Aujourd’hui, on ne peut pas faire un diagnostic local de sécurité et proposer des actions sans que la ville se soit posé la question de la vidéo. La vidéo est considérée comme un outil de la prévention situationnelle.
C’est un marché qui n’est pas saturé, il y a beaucoup de villes qui ne sont pas totalement équipées. C’est un sujet qui va intéresser même les petites communes.
Dans ce cadre, il convient de distinguer 3 types de vidéoprotection urbaine :
la vidéo avec VSU et transfert d’image,
la vidéo d’enregistrement,
la VSU en fonctionnement continu et celui par intermittence.
Qui paie ?
Force est de constater la multiplication des appels d’offre pour tous les types de prestations en matière de sécurité urbaine. En revanche, on observe également une réserve, une prudence des collectivités territoriales qui s’interrogent : l’État est-il capable de s’engager sur le long terme pour nous soutenir techniquement, financièrement et de manière opérationnelle ?
Certes, le pragmatisme est aussi de mise. De nombreux retours d’expérience positifs incitent les collectivités à s’engager sur la voie de la vidéosurveillance et les préfets savent motiver les élus. Toutefois, les villes les plus convaincues sont d’ores et déjà équipées ! Le marché qui reste à conquérir est beaucoup plus ardu : face aux cabinets de conseil demeurent les collectivités qui affichent une hésitation politique forte (où auxquelles la preuve de l’efficience n’est pas encore apportée) et celles qui se posent des questions à propos de la pérennité des engagements de l’État.
C’est un fait : on ne peut pas parler de l’avenir de ce marché si on ne s’interroge pas sur la solidité du FIPD. Est-ce que c’est un fonds pérenne ? Il faut rappeler que le FIPD émane des amendes forfaitaires de la police de circulation d’une part, et du report des crédits non consommés l’année précédente d’autre part.
Or, les amendes forfaitaires alimentent également les équipements de sécurité routière. Par ailleurs, l’État avait déclaré – en 2007 – que le financement via ces amendes forfaitaires devait être exceptionnel. Il convient donc de s’interroger : qui va maintenant dégager les ressources visibles et pérennes ?
Quid de l’implication de l’État ?
La vidéo a pour cible les problèmes de stationnement et de circulation, la surveillance des bâtiments et des équipements publics et la prévention des actes de délinquance. Sir le premier domaine relève de l’État et de la ville, le deuxième concerne la collectivité territoriale mais le relève exclusivement de l’Etat. S’il n’y a pas d’engagement de l’Etat (financier et opérationnel), il risque de se passer ce qui s’est passé en Angleterre : il y a plus de 600 villes équipées, mais par manque d’investissement continu, par manque de volonté politique, beaucoup de systèmes ont été délaissés et sont désormais obsolètes ou totalement inefficaces.
Les conseilleurs ne sont pas les payeurs
La démarche doit être faite avec lucidité, c’est-à-dire qu’il faut poser à la fois un diagnostic qui soit partagé par la ville et par les services de police et de gendarmerie sur les besoins auxquels peut véritablement répondre la vidéosurveillance. La définition du besoin est le premier pas pour un projet qui soit véritablement réussi.
En tant que président d’un syndicat qui revendique une certaine déontologie professionnelle, je considère qu’il est de notre devoir de conseil de savoir dire à un élu « la vidéo a cet endroit, ce n’est pas la solution ». Notre rôle de conseil (au premier sens du terme) est primordial : il ne s’agit en aucun cas de vouloir “fourguer” des caméras à tout prix !
Un prestataire, trois types de prestations
Lorsque l’on parle de conseil en vidéosurveillance urbaine, de quoi parle-t-on précisément ? Sur ce plan, le SCS (syndicat du conseil en sûreté) identifie trois grandes familles de prestations dont une part de conseil très stratégique autour de trois mots clés : opportunité, faisabilité et évaluation.
1. les prestations de conseil stratégique en amont : les villes interrogent les consultants sur les questions d’opportunité, compte tenu de la configuration de la ville, des lieux de brigades de gendarmerie, des commissariats …
2. les études de faisabilité : comment faire, comment s’y prendre ? Doit-on former des personnes ? Peut-on déployer un système de vidéosurveillance sans ressources humaines spécifiques ? Peut-on bénéficier des expériences d’autres villes ? Peut-on bénéficier des financements sans avoir à générer des charges récurrentes d’un personnel dédié ? Aujourd’hui, dans une petite ville et même dans les petites agglomérations composées de villes de moins de 10 000 habitants, ces questions se posent. Si on leur explique qu’il faut 15 personnes pour faire tourner un centre de supervision, c’est terminé !
3. l’assistance technique et la maîtrise d’ouvrage dans les prestations de conseil : la décision est prise ; le consultant assure une prestation d’assistance à la réalisation, voire de maîtrise d’œuvre.


