Finances
Marché 2011. "Nous anticipons une accélération du nombre de transactions dans les mois à venir"

Le marché de la sécurité serait-il enfin porteur de bonnes nouvelles ? C’est en tout cas l’avis des experts de Grant Thorton qui considèrent que le marché de la sécurité en France redevient attractif. Oui, mais… sous certaines conditions.
Le marché des services de sécurité se décompose en deux segments : d’une part, les services de sécurité relevant des prestations humaines (transport de fonds, gardiennage, protection rapprochée ou encore enquêtes privées), d’autre part, les services électroniques (systèmes d’alarme, télésurveillance, vidéosurveillance ou contrôle d’accès). Les deux segments sont le plus souvent complémentaires, dans la mesure où certaines installations électroniques sont dépendantes d’une intervention humaine.
Le secteur compte plus de 5.000 entreprises d’au moins un salarié et emploie près de 165.000 personnes. Les TPE (moins de 10 salariés) représentent plus des deux tiers des entreprises de sécurité privée. En France, le marché est dominé par le suédois Securitas, l’américain Brink’s, les industriels UTC et Stanley Works et quelques opérateurs français comme Neo Sécurité (ex-G4S) ou Sécurifrance.
Evolution du chiffre d’affaires des services de sécurité en France (Unité : % des variations annuelles en valeur)

sources : INSEE, Xerfi
Après plus d’une décennie de croissance comprise entre 3 et 8%, l’année 2009 a été particulièrement mauvaise pour les entreprises du secteur, avec une croissance pratiquement nulle. L’année 2010 s’annonce en légère progression avec une croissance attendue de l’ordre de 2%. La taille du marché est estimée aujourd’hui à près de 5 Mds d’euros.
L’essentiel du chiffre d’affaires réalisé par la profession résulte des marchés privés (environ 80% vs. 20% de marchés publics).
Outre la distinction prestations humaines vs. services électroniques, nous appréhendons ce marché à travers ses quatre activités principales : la sécurité et surveillance humaine, la sécurité électronique, le transport de fonds et la sureté aéroportuaire. Ces 4 segments sont à des degrés différents de maturité, de croissance et de consolidation.
Sécurité humaine
Cette branche est tirée vers le haut grâce notamment aux marchés de l’ingénierie de sécurité, des enquêtes privées, de la protection rapprochée et du contrôle d’accès (+8%-15% de croissance attendue). La croissance est plus modérée dans le gardiennage (surveillance mobile ou statique). Les volumes sont bons, mais la concurrence est forte, et la guerre des prix laisse peu de place à des niveaux de marge suffisants pour pérenniser l’ensemble des acteurs. La consolidation entamée devrait se poursuivre, notamment sur le marché des interventions sur alarmes.
Sécurité électronique
Les segments les plus prometteurs sont ceux de la vidéosurveillance et la téléassistance qui ont des volumes en croissance (politique sécuritaire, réglementation…). Les opérations de cessions/acquisitions devraient apparaître dans les prochains mois.
Le marché des alarmes, des matériels de sécurité industrielle et la télésurveillance sont quant à eux en croissance plus faible, la crise et le ralentissement des investissements ayant impacté l’ensemble des acteurs.
Transport de fonds
Le transport de fonds et la logistique de valeurs ont connu leurs heures de gloire. Cette branche d’activité est aujourd’hui consolidée. L’objectif des principaux acteurs est principalement de maintenir leurs marges en proposant de nouveaux services associés.
Sureté aéroportuaire
Le marché de la sureté aéroportuaire et de l’anti-terrorisme a connu une très forte croissance ces 10 dernières années, notamment depuis les attentats du 11 septembre 2001. Le segment de l’anti-terrorisme est encore promis à un bel avenir (20% attendu par an environ) et à des opérations de transmission, alors que celui de la sécurité aéroportuaire recherche de nouveaux relais de rentabilité.
Focus sur les opérations de rapprochement en France
Le marché comptait un peu plus de 5.000 entreprises en 2008/09. Avec près d’un tiers du chiffre d’affaires de la profession réalisé par les 10 premiers acteurs (et plus de 50% par les 30 principaux acteurs), le marché est constitué d’une multitude de PME et TPE (près de 40% des entreprises compte moins de 20 salariés). La concentration du secteur s’est poursuivie en 2007 et 2008 mais a ralenti en 2009 (sans compter le nombre croissant de sociétés en difficultés financières). Le nombre de grands groupes a tendance à diminuer par opposition aux nombre de PME-TPE qui augmentent légèrement. Cependant, nous anticipons une accélération du nombre de transactions dans les mois à venir.
Evolution des multiples boursiers
Les multiples de valorisation issus des sociétés cotées donnent un bon indicateur de l’appétit que peut représenter un secteur.
VE/CA

VE/EBIT

Source : Capital IQ, Multiples médians calculés sur la base (i) d’un cours spot au 9 septembre de l’année concernée et (ii) d’un échantillon de sociétés jugées représenter un segment d’activité.
Les deux multiples de référence, à savoir (i) le multiple de chiffre d’affaires (VE/CA - qui valorise une société par son niveau d’activité et sa part de marché) et (ii) le multiple de rentabilité opérationnelle (VE/EBIT - qui valorise une société par sa capacité à être profitable), sont tous deux sur des tendances soit de hausse, soit de fin de baisse, laissant présager une reprise des opérations. Il est important de noter à ce stade que ces benchmarks boursiers doivent être pris avec prudence dans la valorisation d’une PME, car ils reflètent souvent une situation bien différente (taille, couverture géographique et part de marché sensiblement supérieures, liquidité des titres, etc.).
Multiples de transactions privées
Sur les 3 dernières années, les entreprises de sécurité électronique se sont mieux valorisées que les sociétés des autres segments. Cependant, celles-ci ont également connu les plus fortes baisses.

Sources : MergerMarket, Capital IQ, Sociétés, Presse - Multiples médians calculés sur les 3 dernières années à partir d’informations publiques.
Le retour de l’attractivité
Un marché de la sécurité en France qui redevient attractif, tant en termes :
de valorisation potentielle, plus ou moins élevée en fonction des niches de marché,
d’appétit et de moyens financiers de la part des industriels pour réaliser des opérations (les ratios d’endettement et les structures financières, dans leur ensemble, se sont nettement améliorés), mais également des fonds d’investissement familiers avec ce secteur.
de consolidation possible, et nécessaire à moyen/long terme,
Seule inconnue encore aujourd’hui, la visibilité des groupes semble encore peu évidente et génère une grande prudence dans leurs opérations.


