FEUILLETON DE LA VIDÉOPROTECTION – ÉPISODE 1

Comment mener un projet de vidéoprotection urbaine ?

vidéoprotection urbaine
Le 27 octobre 2014 Imprimer

Rentrée rime souvent avec nouveauté. Le magazine Sécurité Privée a choisi de respecter cette coutume et vous propose de découvrir une nouvelle rubrique : « le feuilleton de la vidéoprotection ». Un nouveau rendez-vous animé par Vincent Péru, expert reconnu et sans concession de la vidéoprotection urbaine. Notre objectif : guider le lecteur dans ses choix en matière de vidéoprotection, au-delà des discours convenus et des stratégies politiques. Bonne lecture !
Par Vincent Péru, architecte designer IT–vidéoprotection, expert vidéoprotection de la préfecture du Val d’Oise, membre de la commission départementale des systèmes de vidéoprotection du Val d’Oise

Une vidéoprotection urbaine efficace et efficiente ne coute pas plus chère qu’un dispositif qui ne fonctionne pas ou qui fonctionne mal. Une vidéoprotection urbaine efficiente est un dispositif qui répond à une ou des problématiques précises ; il ne s’agit donc pas de réaliser un défi technologique mais de relever le défi de mêler les technologies afin de traduire une problématique sureté en un outil qui produit des résultats mesurables.

Le sur-mesure généralisé pour éviter l’essaimage inutile

Cet outil est impérativement taillé sur mesure, caméra par caméra, car il est propre à la problématique sureté de chaque commune. Il n’est pas rare de voir des villes voisines ayant des problématiques totalement différentes : délinquance de passage, incivilités locales, cambriolages, trafic de stupéfiants, agressions, vol, dépôts sauvages, prostitution,… De nombreuses installations ne produisent pas le résultat attendu car dans leur conception le territoire et la problématique communale n’ont pas été pris en compte correctement. Ces dispositifs (souvent équipés de caméras identiques, type dômes mobiles dédié aux flagrants délits), ont été “semés” dans la ville avec, dans le meilleurs des cas, des opérateurs que l’on espère plus chanceux que les forces de l’ordre et, dans le pire des cas, des caméras sans pilote qui regardent, au hasard, un peu partout, autrement dit nulle-part.

Afin d’obtenir le bon outil, il faut donc préciser les postulats d’une vidéoprotection dite « efficiente », déterminer précisément les besoins (diagnostic sureté), définir le rôle et l’emplacement de chaque point vidéo (tactique ou stratégique) permettant de répondre aux besoins identifiés, effectuer les mesures permettant de définir, compte tenu de l’objectif, là où les caméras techniquement et légalement correspondantes, identifier toutes les possibilités de source d’énergie afin de minimiser les coûts. A ce stade, le projet est défini. Il reste à déterminer les moyens de transmissions correspondant aux besoins des caméras, le lieu et les modalités d’exploitation ; ce qui permettra d’obtenir l’estimation détaillée du coût, autrement dit, le budget précis. Il en découle les demandes d’autorisations préfectorales, les demandes de subventionnement (FIPD, DETR et CG le cas échéant). Viendra ensuite le cahier des charges pour l’appel d’offre ; cahier des charges devant être extrêmement précis permettant d’un part de garantir le résultat et, d’autre part, le meilleur prix.

Identification des besoins

Les besoins doivent être définis par plusieurs acteurs : les élus, la police municipale, la gendarmerie ou la police nationale ainsi que le référent sureté gendarmerie ou police. L’ensemble de ces besoins va constituer le diagnostic sureté. Les élus, au-delà du rôle essentiel et principal de décideur, pilote et moteur du projet, vont s’attaché à la tranquillité de leurs concitoyens, ils vont donc naturellement renseigner le chapitre dissuasion du diagnostic. La police municipale va quand a elle s’attacher aux incivilités. Au-delà de renseigner ce chapitre du diagnostic sureté, les incivilités sont d’autant plus intéressante qu’elles sont chiffrables, les services techniques/cadre de vie et les assurances vont permettre de préciser l’économie réalisable par le biais du dispositif vidéo. En zone gendarmerie nationale, la brigade territoriale ainsi que la communauté de brigade vont renseigner l’aspect judiciaire et délinquance du diagnostic, il en est de même pour les commissariats pour les communes située en zone police nationale. Le dernier acteur, qu’il soit gendarme ou policier, est capitale. Il s’agit du référent sureté. C’est un spécialiste, formé, qualifié et compétent pour ce sujet. Ce dernier a plusieurs rôles, fort d’une connaissance globale du territoire et des faits qui s’y déroule il va ajouter son avis d’expert. Il va assembler les différentes pièces de ce diagnostic et va savoir exprimer en quelle mesure l’outil vidéoprotection peut répondre à la problématique sureté de ce diagnostic. Pour la suite du dossier, il restera le référent tant pour la commune que pour la préfecture.

 

12 postulats pour mener à bien un projet de vidéoprotection urbaine

1. Le dispositif est conforme au code de sécurité intérieure
2. Le dispositif suit les recommandations de l’ANSSI en matière de vidéoprotection
3. Le dispositif doit permettre d’exploiter les faits à postériori : le zoom sur enregistrement est donc obligatoire
4. Le dispositif est composé de points vidéo : un point vidéo peut être tactique, stratégique (ou les deux) et peut comporter une ou plusieurs caméras
5. Une caméra tactique est un dispositif permettant de voir comment les faits se sont déroulés
6. Une caméra stratégique permet d’identifier précisément, une voiture, un visage,…
7. On travaille en pixel par mètre : par exemple, 180 pixels par mètre pour lire une plaque d’immatriculation minimum et 300 pixels par mètre pour reconnaitre un visage, 400 pixels par mètre pour une identification forte
8. Pour chaque point vidéo, seront prises en compte les distances, les luminosités de jour et de nuit, la saisonnalité, les hauteurs, les activités événementielles,…
9. Un système de mesure sera en place, permettant d’inventorier, en cas de réquisitions, si le dispositif a donné satisfaction ou non et pour quelle nature de faits
10. Le dispositif est composé de caméras fixes et panoramiques au sens large
11. Des caméras mobiles (recherche de flagrant délit, vidéo-verbalisation, suivi) ne seront utilisées que s’il y a des pilotes, un centre de supervision urbain
12. L’installation sera ouverte et multimarques