Décryptage

Entretien avec Thierry Delville délégué aux industries de sécurité

Thierry Delville, Délégué aux industries de sécurité
Le 10 novembre 2014 Imprimer

Créée en février 2014, la délégation ministérielle aux industries de sécurité (DMIS) est un espace d’échanges et de réflexion dont l’ambition est de dynamiser, de promouvoir et d’accompagner une filière confrontée à des enjeux stratégiques. Présentation de cette nouvelle entité, de ses objectifs et de sa stratégie avec celui qui la pilote, Thierry Delville.

Vous êtes délégué aux industries de sécurité. Qui sont les acteurs rassemblés au sein de votre délégation? En quoi consiste votre mission ?

La délégation aux industries de sécurité a été créée sur la base d’un décret en date de février 2014. Elle vise en premier lieu à accompagner le mouvement de rapprochement important qu’a constitué la mise en place d’une filière industrielle de sécurité. Cette création s’inscrit donc pour beaucoup dans le sillage du lancement du comité de filière de l’industrie de sécurité (COFIS) qui a été installé officiellement en octobre 2013. Cette installation était présidée par le Premier ministre en présence de sept ministres, c’est dire le travail de coordination interministériel à mener, mais surtout la richesse de cette filière.
Je ne m’étendrai pas par le menu détail sur les travaux du COFIS mais pour l’essentiel on y parle de rapprochement entre l’offre industrielle de sécurité et les besoins des acteurs publics et privés dont les entreprises de sécurité, de recherche et d’innovation, de normes et d’aide à l’exportation.
La délégation est composée pour l’instant de quatre personnes : un inspecteur général de la police nationale, un ingénieur en chef de l’armement, un administrateur civil et une assistante. C’est une structure d’animation et d’impulsion qui est particulièrement en prise avec l’innovation technologique et la recherche en sécurité.

Quels sont vos principaux objectifs à la tête de la délégation ?

Dans un premier temps mettre en place un cadre d’échange qui soit satisfaisant pour l’ensemble des acteurs de la filière. Cette dernière est pilotée par la DG ENTREPRISES (ministère de l’Économie) et le SGDSN. En raison de la thématique abordée, le ministère de l’Intérieur a une place essentielle dans le dispositif.

Ensuite, des messages forts doivent être envoyés, tant en interne qu’en externe, sur l’ancrage résolument engagé des acteurs de la sécurité et du ministère de l’Intérieur. En particulier dans la préparation de l’avenir, nous devons conduire une réflexion stratégique qui débouche sur un cadre vertueux de développement de solutions adaptées aux enjeux de sécurité mais aussi au cadre sociétal dans lequel ces nouveaux outils s’intégreront.

Enfin, il faut contribuer à la participation des actions concrètes de modernisation. De nouveaux projets technologiques ont été annoncés récemment au profit de la police, de la gendarmerie mais aussi de la sécurité civile. Dans la feuille de route du COFIS sont prévus des démonstrateurs financés par le FUI, voire par le programme Horizons 2020. Il importe que la dynamique engagée apporte des résultats et une vision claire des programmes d’équipements futurs.

La sécurité est un vaste sujet et un phénomène de société. Quel est, selon vous, le rôle que doivent jouer les industriels dans le dispositif global de sécurité intérieure ?

Les industriels de la sécurité sont nombreux, différents et dispersés et donc ont du mal à être écoutés. Pourtant ils représentent depuis longtemps des partenaires essentiels aux chantiers de modernisation de la sécurité. Donc un premier travail de cartographie est actuellement effectué dans le cadre d’une étude lancée par le COFIS.
Je distingue dans mon propos les entreprises de sécurité privée des industries qui fournissent des solutions aux acteurs de la sécurité dont ces dernières font partie. Le CNAPS et la délégation aux coopérations de sécurité sont en charge d’animer l’ensemble des actions de développement et de contrôle autour de ces entreprises, la DMIS (délégation ministérielle aux industries de sécurité), quant à elle, accompagne ceux qui développement, conçoivent les solutions techniques, qu’elles soient du domaine de l’équipement, du système ou de technologies avancées.
Le nombre d’entreprises développant des solutions de sécurité est particulièrement important et pour la plupart il ne s’agit pas d’une activité unique. Certains domaines sont en pleine évolution comme la cybersécurité où l’on assiste à la constitution de clusters, des volontés de regroupements s’opèrent dans un secteur où le besoin d’innovation et de capacité de recherche constituent un enjeu fondamental.

Au cœur de vos attributions figure la conduite d’un dialogue entre les services concernés du ministère et les entreprises des industries de sécurité. Comment cela se traduit-il concrètement ? Quelle sont vos priorités dans ce cadre ?

J’ai animé à la demande du ministre de l’Intérieur un groupe composé de pompiers, de gendarmes et de policiers qui a débouché sur des propositions d’actions qui pour certaines sont engagées et devraient déboucher concrètement sur des nouveaux usages et outils au sein des forces de sécurité. Je suis chargé avec d’autres acteurs du ministère notamment la mission de gouvernance ministérielle des SIC d’assurer le suivi de ces projets menés par les directions générales et le ST(SI)² qui mutualise les capacités techniques de réalisation.
Il y est question de dématérialisation, de regroupement des appels d’urgence, de cartographie, de réseaux radio…
Pour les démonstrateurs du COFIS, qui sont intégrés à sa feuille de route, sont déjà lancés des projets autour de la radio du futur, de la vidéo intelligente et d’autres sont en projet sur la sécurité aéroportuaire, la protection contre les drones, le big data …

Vous êtes intervenu à plusieurs reprises lors d’événements mettant en scène les acteurs de la sécurité privée. En quoi la construction de passerelles entre ces deux secteurs vous parait-elle fondamentale ?

Les acteurs de la sécurité privée sont en train de vivre la même évolution que celle connue par les forces de sécurité étatique, mais il y a fort à parier que le cercle d’évolution avance plus rapidement quand on voit le développement de l’offre en matière de vidéo protection, de téléalarme… Il n’est plus en débat de savoir si les acteurs de la sécurité privée sont partie prenante à l’offre de sécurité. Le CNAPS et la délégation aux coopérations de sécurité sont la preuve quotidienne de cette reconnaissance et du rôle désormais joué par les entreprises de sécurité.

Depuis bientôt trois ans, le CNAPS joue un rôle de régulateur et de contrôleur du secteur de la sécurité privée. Les industries de sécurité sont-elles appelées à rentrer dans le champ d’application du CNAPS ?

Parmi les chantiers ouverts dans le cadre du COFIS figure l’important travail d’identification des besoins auquel participe le CNAPS. Une première partie de ce travail consacré aux besoins de sécurité des opérateurs majeurs a permis de dresser une première liste de besoins. Ce travail est particulièrement important pour les industries de sécurité. Ces travaux vont maintenant se tourner vers les acteurs locaux privés et publics comme les collectivités locales… Derrière ces expressions de besoin en outils techniques, se cachent les évolutions des métiers de la sécurité. L’humain est et reste dans la boucle mais ses modes d’intervention vont évoluer.
Pour répondre à votre question je dirai donc que les industries de sécurité n’ont pas vocation à se voir appliquer la réglementation des entreprises de sécurité privée s’agissant par exemple du contrôle des personnels mais qu’elles travailleront forcément ensemble. Les outils technologiques doivent pouvoir être utilisés par les acteurs de sécurité privée. Il est question de formation, de montée en compétence d’un côté mais aussi de bonne prise en compte des besoins, d’adéquation entre l’outil et son utilisateur, d’ergonomie etc.
J’ai aussi noté que l’ANAPS disposait de groupements d’industries de sécurité que nous connaissons dans le cadre du COFIS, celles-ci seront mieux placées pour bénéficier d’une vision transversale.

Et enfin, quel message souhaiteriez-vous faire passer aux acteurs de la sécurité privée ?

Qu’ils travaillent dans un domaine en pleine évolution et qui, malgré la conjoncture économique difficile, possède de sérieuses potentialités de croissance et de développement sur des nouveaux segments. Les solutions existent mais comme pour l’État, il importe de réfléchir à ce vers quoi nous allons et ce que nous voulons faire avant de s’engager dans des développements et des investissements technologiques. La DMIS et la filière des industries de sécurité représentent un nouvel acteur et une opportunité réelle pour que les besoins des entreprises de sécurité rencontrent favorablement une offre industrielle adaptée.