LE MARCHÉ

Le marché des logiciels de télésurveillance en France

Le 20 juin 2014 Imprimer

Ce secteur bénéficie d’importantes évolutions technologiques, portées principalement par les avancées de l’informatique et des réseaux, qui permettent de nouvelles fonctionnalités. L’occasion de faire le point sur l’état de l’art et les avancées récentes et en cours, et en particulier sur ce que représente l’incursion d’Internet ici aussi. Le tout sur fond de contraction du marché.

Les grandes fonctions

Les logiciels pour stations centrales de télésurveillance se répartissent en plusieurs familles fonctionnelles.

Les frontaux de réception des signaux d’alarme sont l’interface des centres avec l’extérieur. Ces logiciels doivent être compatibles avec un maximum de protocoles de télésurveillance des signaux analogiques et numériques des différents fabricants de systèmes d’alarme, ainsi qu’avec un maximum de réseaux de communication : RTC, RNIS, TCP/IP, GSM/GPRS, X25, etc… C’est sur ce plan que les télésurveilleurs vont pouvoir effectuer des économies importantes, par rapport à la multitude d’investissements en solutions propriétaires dans le passé. Les frontaux uniformisent les signaux d’alarmes selon un seul protocole en sortie, qui peut éventuellement être choisi.

Les superviseurs de gestion de station centrale gèrent les évènements, les sites, contrôlent les interventions, etc… Ces superviseurs traitent toutes les télécommunications entrantes et sortantes : appels téléphoniques, interphonie et écoutes, fax, mails et SMS, et serveurs vocaux. Les levées de doute sont aujourd’hui aussi bien vidéo qu’audio, et tous ces flux peuvent être enregistrés.

Les systèmes client-serveur multimédia, pour la levée de doute vidéo interactive dans le cadre de ce qui est parfois appelé télévidéosurveillance, doivent être compatibles avec un maximum de protocoles et formats des nombreux fabricants d’équipements de vidéosurveillance. Ils sont reliés au superviseur ou intégré à celui-ci.

Enfin, divers modules périphériques complètent fonctionnellement ces logiciels pour la gestion d’évènements, l’enregistrement audio numérique, la localisation par GPS des forces d’intervention, la gestion des plans des sites, etc…

A noter que plusieurs niveaux de complexité coexistent sur le marché, de façon à adresser tous les besoins et budgets, ainsi que parfois des orientations plus particulières vers la télésécurité des biens ou la téléassistance des personnes.

Les évolutions techniques en cours

Signe des temps, la levée de doute vidéo prend progressivement le pas sur la levée de doute audio, qui est encore largement utilisée. D’où le succès des solutions client-serveur multimédia dédiées aux communications vidéo. Certaines entreprises ont développé des solutions intégrées au poste de travail de l’opérateur tel que HorusMedia d’Azur Soft, le plus riche dans ce domaine semblant être ESI avec plus de 85 protocoles vidéo actuellement au catalogue de son logiciel V1. ESI a mis en place un système de certification de la compatibilité des équipements vidéo tiers avec son logiciel V1, rassurant ainsi les acheteurs sur leur possibilité d’utiliser leur matériel dans le cadre d’une télésurveillance.

Mais la grande tendance actuelle est la migration des outils des opérateurs vers des solutions en technologies web. Les télécommunications, sur lesquelles repose la télésurveillance, sont sans cesse en évolution avec la généralisation des réseaux GSM/GPRS et IP, et les outils de télésurveillance s’adaptent aux évolutions des réseaux. Les avantages sont énormes. Cette évolution est également un pas vers la dématérialisation totale du poste opérateur… et un jour vers sa délocalisation si cela est autorisé par la loi, ce qui a été pour l’instant recalé dans la dernière Loppsi.

Le transport sur IP concerne aujourd’hui beaucoup de signaux : vidéo, contrôle d’accès, intrusion, GTB/GTC, interphonie, pour de nombreuses possibilités d’interopérabilité à distance avec les systèmes de télésurveillance. Certaines fonctionnalités sont aujourd’hui plus facilement mises en œuvre et offertes par les éditeurs, comme l’envoi de mails ou de SMS d’alarme ou de demande d’intervention. La VoIP est gérée, principalement selon le protocole SIP qui peut permettre de communiquer de l’audio via certaines caméras par exemple, et l’audio peut être aisément transféré vers un autre site de télésurveillance. L’intégration de PABX ou IPBX est aussi devenue un atout pour les stations centrales de grosse capacité permettant ainsi l’intégration de fonctions de centre d’appel. La géolocalisation avec les coordonnées GPS est utilisée pour les évènements, qui peuvent être gérés dans un SIG, ainsi que pour le suivi des déplacements des agents, en conjonction avec les informations de PTI dont la prise en compte est en forte expansion. L’interfaçage avec les sociétés d’intervention en sous-traitance est nettement facilité, et certains imaginent même des interventions encadrées sur tablette tactile.

Télé-assistance, télé-diagnostic, mises à jour à distance, télévisites régulières, sont aujourd’hui facilitées par les nouvelles technologies. Le superviseur peut être accédé en IP via une plate-forme de services, ou à distance depuis une autre station en France. Suite à la mise en place de stations maillées, il apparait de plus en plus utile de mettre en place des postes de travail distants. Les solutions sur base de clients légers natifs chez ESI et T2I simplifient les architectures ainsi que leur déploiement. Chez Elit Soft et eLogmatel également cela représente l’avenir proche. Cette technologie permet d’utiliser n’importe quel terminal supportant un navigateur Internet, réduisant ainsi de façon importante les coûts liés à la maintenance et aussi aux déploiements. La solution 100% web 2.0 de T2I qui fonctionne dans le cloud permet d’envisager la connexion avec un réseau social de voisinage pour des réactions locales immédiates. Une nouvelle offre d’ESI permet même d’utiliser ses logiciels en mode ASP sur le cloud moyennant un simple abonnement, l’hébergement mutualisé étant réalisé dans des data centers sécurisés.

Un métier de la télésurveillance qui évolue aussi

Afin de compenser la perte progressive de revenus due à la baisse de prix de l’abonnement moyen, les stations doivent améliorer leur rentabilité en confiant un parc plus important à chaque poste de travail opérateur. Il est donc nécessaire de disposer d’outils permettant une automatisation poussée des fonctions sans pour cela dépersonnaliser le poste d’opérateur en station. Les tâches répétitives sans aucune valeur ajoutée sont donc automatisées. Les automates d’aujourd’hui sont capables d’effectuer des vérifications et de rappeler les clients.

Dans le même contexte de redistribution de la rentabilité, la vidéoprotection, métier connexe de la levée de doute vidéo, entre maintenant dans les stations centrales de télésurveillance, certaines devenant ainsi progressivement des stations de vidéosurveillance et de vidéoprotection. Cela permet ainsi aux télésurveilleurs d’offrir des services complémentaires à forte valeur ajoutée, compensant les pertes de revenu constatées sur les prestations plus classiques.

Si les marchés classiques étaient d’une part les télésurveilleurs pour les marchés des professionnels et des particuliers, et d’autre part les centres de télésurveillance des réseaux bancaires, très spécialisés, aujourd’hui la téléassistance des personnes âgées à domicile représente un fort axe de développement. Elle est assurée via des terminaux spécifiques et des fournisseurs de service spécialisés, prenant mieux en compte certains aspect de la sécurité de nos ainés avec une forte composante relationnelle, d’où l’appellation d’alarme sociale souvent employée pour cette téléassistance.

Enfin, pour permettre une grande souplesse dans la gestion d’un centre et minimiser les risques financiers, certains fabricants comme Azur Soft et ESI proposent un paiement à l’usage des licences, tous les protocoles étant disponibles pour un montant payé fonction du nombre d’abonnements actifs.

A noter que pour mieux représenter ce secteur en évolution, l’USP est en train de créer une branche dédiée aux opérateurs de télésurveillance et téléassistance.

Les challenges du marché

C’est à de nombreux challenges, tant technologiques que fonctionnels, que sont actuellement confrontés les éditeurs de soft de télésurveillance, qui doivent s’adapter de façon constante et enrichir continuellement les logiciels afin de maintenir leur adéquation aux demandes du marché, et pour cela mettre en œuvre une puissance de développement importante. Ils doivent conjuguer compétences électroniques, pour éviter d’être dépendant de fournisseurs de solutions matérielles pour les frontaux, compétences informatiques, en réseaux, en sécurité des équipements et des réseaux, en télécoms et multimédia. Le mouvement actuel vers le cloud réclame des compétences pointues.

De plus, la télésurveillance et la téléassistance sont des métiers pointus qui s’exercent, comme peu d’autres métiers, de façon continue sans aucune interruption possible 24/24, 7j/7 et 365 jours par an, et qui nécessitent un support avec la même disponibilité horaire.

Ceci sur un marché français qui à tendance à se réduire régulièrement du fait de la diminution du nombre de stations de télésurveillance par rachats ou regroupements de parcs à des fins d’optimisation, afin de constituer des stations plus grosses permettant une optimisation technique et organisationnelle conséquente. D’où des points de croissance recherchés à l’export, une démarche qui nécessite aussi de forts investissements. « Le développement à l’international devient pour nos entreprises une nécessité afin d’assurer une progression constante de notre activité. Par ailleurs, cette politique d’internationalisation nous permet de faire bénéficier les clients français du savoir-faire souvent intéressant des stations étrangères  » précise Claude-Philippe Néri, Président d’ESI. Des marchés également où les produits français partent gagnants, leur plus grande complexité, conséquence de leur adaptation au cadre juridique français, étant synonyme de richesse fonctionnelle, de valeur ajoutée par rapport aux concurrents, et d’adaptabilité aux besoins des clients.