Regards croisés

Au-delà de nos différences ...

Au delà de nos différences...
Le 27 octobre 2014 Imprimer

L’un est responsable du département Sûreté Sécurité Prévention de LCL, l’autre est Security Manager du Groupe Western Union. Entre la banque française et le groupe de la côte Est américaine, deux visions, deux cultures d’entreprise et aussi des enjeux communs à l’aune des constats et des attentes en matière de vidéoprotection. Regards croisés entre Laurent Allais et Francis de Albuquerque.

A l’aune de votre expérience, quelle est l’utilité de la vidéoprotection et de ses applications dans le secteur bancaire ?

Laurent Allais. Depuis leur création, les banques ont été la cible d’attaque de malfaiteurs de tout type. Le secteur s’est donc organisé très tôt, dès le milieu des années 70. S’en est suivi énormément de réflexions pour faire progresser les installations de sécurité, les procédures, et développer de nouveaux matériels. La vidéoprotection a joué un rôle particulièrement important dans la lutte contre la malveillance : d’une part, pour la dissuasion, d’autre part, pour faciliter les enquêtes. Elle a participé à la chute du nombre de vols à mains armées et favorisé l’arrestation de leurs auteurs. Elle a d’ailleurs souvent été décisive dans ce domaine.

Francis de Albuquerque. Conformément à la réglementation en vigueur, la vidéoprotection est exclusivement utilisée pour la sécurité de notre personnel, de nos biens et de nos locaux. Cet outil est primordial dans le cadre des levées de doutes réalisées par notre télésurveilleur, et nous a permis à de nombreuses reprises de détecter des situations difficiles. Ce dispositif est fondamental dans la gestion et la mise en place de notre politique sûreté. Depuis que nous avons mis en place notre outil de supervision de vidéoprotection , nous avons nettement amélioré nos systèmes et limités ainsi les déplacements inutiles liées aux déclenchements intempestifs.

Cyber gardiennage, etc. Quel regard portez-vous sur les évolutions techniques récentes et à venir ? Comment percevez-vous ces évolutions ?

Laurent Allais. Je suis passionné de technique et la vidéo fait partie des domaines que j’apprécie beaucoup. Il y a eu déjà beaucoup de progrès en la matière, mais je prédis une évolution encore plus forte dans les années qui viennent. Je suis avec beaucoup d’intérêt les innovations dans le domaine de la vidéoprotection et je souhaite poursuivre le travail engagé par mon prédécesseur (Pascal Pech) qui a participé et encouragé de gros développements dans ce domaine, chez LCL. En travaillant avec notre télésurveilleur et un cabinet de consultants, un logiciel de cyber gardiennage a été développé et mise en œuvre ; ce système permet de rendre la détection d’anomalie via la vidéo plus efficace, tout en nous permettant de réduire nos budgets d’exploitation. C’est exactement la ligne de conduite que je souhaite suivre dans le futur, c’est à dire utiliser la vidéo pour améliorer le couple efficacité/coût. Je prends garde à n’installer que ce qui est vraiment utile et contribue, de manière évidente, à l’amélioration du niveau de sécurité.
Dans le domaine du développement, il faut évidemment avoir des idées et je suis persuadé que c’est en échangeant entre professionnel que l’on fera avancer les choses plus vite et dans le bon sens. Au sein du monde bancaire, je souhaiterai mettre en œuvre un groupe de discussion sur la vidéo protection où l’on pourrait échanger sur les bonnes pratiques, les dernières innovations technologiques, et pourquoi pas faire avancer des projets en commun.

Francis de Albuquerque. De manière globale, les services de surveillance se sont adaptés aux évolutions matérielles. Très complémentaires, ces dispositifs ne peuvent se substituer entièrement à la surveillance humaine. Afin de nous adapter à tout type d’environnement, tous nos dispositifs de sûreté ont inclus ces outils au même titre que l’homme.

Dans votre groupe, comment intégrez-vous la vidéoprotection dans votre stratégie et dans votre politique de sécurité globale ?

Laurent Allais. La vidéoprotection est l’un des maillons de notre chaîne sécurité qui nous permet de protéger les personnes et les biens, au même titre que les autres systèmes. Tout a son importance. Autant le coffre qui offre une résistance physique que la centrale d’alarme, le télésurveilleur, les procédures et l’intervenant… Mais encore une fois, c’est dans la vidéoprotection que je vois le plus gros potentiel d’évolution. Elle a néanmoins ses limites : elle ne protège pas. Elle dissuade, mais ne protège pas. Je suis de près les travaux de l’AN2V dont c’est l’un des thèmes de fond. Comment faire pour que la vidéo participe à la protection d’un individu, faire qu’elle puisse être suffisamment intelligente et efficace, pour alerter précocement, et permettre de stopper l’action avant qu’elle ne devienne irréversible pour la victime ?

Francis de Albuquerque. La vidéoprotection est aujourd’hui un outil indispensable dans la gestion du risque au sein de nos agences dédiées. Ce dispositif est utilisé tous les jours tant pour la gestion de notre réseau que pour la gestion des incidents. Il est utilisé en permanence par notre prestataire de télésurveillance pour la gestion de toutes les alarmes reçues ainsi que les opérations liées à la télégestion.
Couplé au système d’anti-intrusion, celui-ci nous permet de réagir de manière efficace aux anomalies du quotidien et nous permet une meilleure réactivité en cas d’incident.
Cet outil s’intègre pleinement à notre dispositif sécurité car il nous permet : d’apprécier les situations, de dissuader du passage à l’acte, de limiter les incivilités, de rassurer nos équipes, de détecter tout évènement ou comportement anormal et d’identifier un individu en cas d’enquête.

Sur un autre plan, quelle est votre analyse et quelles sont vos attentes eu égard à la réglementation actuelle en matière de vidéoprotection?

Laurent Allais. Nous avons, en France, une réglementation déjà bien fournie et je n’ai pas d’attente dans ce domaine. Le passé nous a montré que les professionnels savent s’organiser pour lutter contre les attaques malveillantes : je pense par exemple à la réduction impressionnante des vols à mains armées dans le monde bancaire, qui ont été divisés par 60 en un peu moins de 30 ans sans besoin de réglementation.
En revanche, il me paraît nécessaire de poursuivre notre coopération avec le ministère de l’Intérieur et les forces de l’ordre pour mieux se connaître et avoir une réponse la plus efficace et adéquate possible face aux malfaiteurs. Ces derniers sont de plus en plus mobiles géographiquement, souvent très imaginatifs et connaissent les faiblesses et les lourdeurs de nos organisations. La table ronde du forum ADITEL qui se tiendra à Grenoble cette année a pour ambition de participer, et même d’encourager, ces échanges.

Francis de Albuquerque. La réglementation actuelle couvre la majeure partie des risques liés à l’usage abusif de ces dispositifs. Cependant, elle oblige les entreprises privées à limiter les champs des caméras installées sur les rues. L’élargissement de ces champs permettrait une meilleure sécurisation des points sensibles et fournirait plus d’éléments permettant aux forces de l’ordre de faire évoluer leurs enquêtes en cas d’incident.
Il en est de même pour les autorisations liées à la mise en place de microphones sur les dispositifs vidéo qui ne nous permettent pas à ce jour de les exploiter dans des conditions optimales.