Avis d'expert

La sécurité événementielle, un secteur à part

Le 19 juin 2014 Imprimer

” Il est primordial que nos interlocuteurs comprennent mieux que l’ensemble des contraintes réglementaires qui s’imposent à nos métiers et à nos personnels dans le cadre de nos missions ont évolué “

Entretien avec Jean-Luc Lemarchand, président de Stand’Up.

La sécurité événementielle est un secteur à part. Pourquoi ? Quelles sont les particularités de ce segment ?

En préambule, il me semble important de souligner que ce secteur est très hétérogène. Il existe des différences notoires entre la sécurité événementielle déployée dans une enceinte sportive de type « stade » , un « salon », ou bien encore pour des événements de type « course à pieds » ou « feux d’artifices  ». Les compétences « métier » exigées et les effectifs engagés ne sont pas les mêmes, les profils d’agents sont différents, les exigences réglementaires sont diverses et les besoins en back office en découlant représentent des coûts différents. Cependant une définition de la sécurité événementielle peut-être tentée par différentiation avec la sécurité industrielle. La sécurité événementielle se distingue de la sécurité industrielle par sa capacité à mettre en place des dispositifs « temporaires » de sécurité, pouvant couvrir une amplitude horaire allant de 5h à plusieurs jours, nécessitant des effectifs importants d’agents de sécurité, effectifs fluctuants pendant l’événement (jour/nuit/ Heure d’ouverture), disposants de compétences différenciées (Inters, palpeurs, agents TO/TP, agents bilingues.), et pouvant par exemple dans le cadre d’un dispositif de palpation requérir des effectifs féminins importants. Cette activité s’exerce dans le cadre règlementaire de la Sécurité. Celui ci plus proche du cadre industriel peut paraître inadapté aux exigences des grands événements. En effet, les textes actuels ne prennent pas en compte les spécificités de certains droits (droit du sport), et règlements (UEFA, IRB..) aux exigences différentes et applicables dans le cadre de ces grands événements.

Foires et salons, concerts, événements sportifs… quelles sont les manifestations qui présentent les plus grands risques ?

Il n’y a pas de règle clairement édictée sur ce point. Un événement anodin peut très rapidement mal tourner du fait d’un élément mineur non anticipé dans le cadre de la préparation de l’événement ou/et non pris en compte assez rapidement par l’encadrement des équipes lors de sa survenance. Au delà des facteurs de taille de l’événement qui impliquent des risques spécifiques on peut en souligner d’autres. Malgré l’ensemble des précautions que nous prenons en lien direct avec les organisateurs et les pouvoirs publics nous avons enregistré sur la saison dernière plus de 25 accidents du travail. La majorité dans les stades mais le plus grave au salon de l’agriculture par arme blanche.

Surveillance humaine, surveillance électronique, quelles sont les alliances réussies ?

Difficile de répondre à cette question. Si l’on met de coté l’utilisation de « raquettes » pour la levée de doute au niveau des contrôles d’accès et des palpations pour certains événements ou/et certains publics, et le déploiement des systèmes vidéos de plus en plus perfectionnés dans les stades (qui servent notamment aux interpellations de publics aux comportements non respectueux de la législation aux abords et dans les enceintes). On constate l’apparition de trois types de système :

  • la mise à disposition des «  PC sécurité » de dispositifs de géo localisation des équipes d’inters et des encadrants des sociétés de sécurité ;
  • Cartographie informatique des événements et des flux du public permettant au responsable de la sécurité de disposer d’un système d’aide à la décision en cas d’incident ;
  • la MC électronique d’un événement qui s’intègre dans la mise en place d’un système de reporting qualité et processus de progrès.

Quelles sont vos relations avec les forces de l’ordre publiques ?

Cela dépend du type d’événement, du lieu de l’événement et de la volonté de l’organisateur (et de sa propre organisation). Généralement nous sommes associés en amont aux réunions de préparation de l’évènement afin d’en connaître l’ensemble des enjeux sécuritaires, les caractéristiques en terme de circulation des flux, le rôle de chaque intervenant sur la manifestation. Par ailleurs, au moment du déploiement de nos effectifs, l’encadrement des sociétés présent sur un événement prend systématiquement contact avec le (ou les) représentant(s) des forces de l’ordre qui dirige(nt) le dispositif public mis en place.

Quel message souhaiteriez-vous faire passer à un directeur de sécurité en charge d’un événement ?

Aujourd’hui il est primordial que nos interlocuteurs comprennent mieux que par le passé, l’ensemble des contraintes réglementaires qui s’imposent à nos métiers et à nos personnels dans le cadre de nos missions ont évolué. Il est indispensable qu’ils comprennent l’évolution sociologique que le déploiement de la carte professionnelle a généré dans le recrutement de nos personnels (disparition de certains profils, insuffisance de personnel féminin dans la branche pour accomplir certaines missions type palpation). Il est indispensable qu’ils comprennent que certaines demandes et/ou exigences sur certains grands événements internationaux du fait même du cahier des charges signés pas l’organisateur de l’événement ne sont plus compatibles avec les exigences des nouvelles réglementations applicables dans les enceintes sportives en France. Enfin, les organisateurs doivent prendre en compte le coût très fortement croissant et ne pas tenter à tout prix de réduire ce coût en imposant des contraintes génératrices de risque pour les personnels déployés (convocation simultanée de l’encadrement opérationnel et des agents, réduction des durées des vacations au dessous d’un minimum acceptable économiquement pour les agents, refus de faire tourner les effectifs sur certains postes sensibles au delà des durées légales…).