Paroles de prestataires

« Notre métier est un métier de loyauté et de discrétion »

Romain Guidicelli
Le 20 juin 2014 Imprimer

Lors des manifestations sportives d’envergure, les forces de l’ordre du pays recevant l’événement mobilisent plusieurs unités de police (et parfois même l’armée) afin d’assurer la sécurité publique, de canaliser les mouvements de foules, de prévenir les secours aux personnes, mais aussi les attaques terroristes, et tous types de risques (trafics, fausses billetteries, escroqueries).
Mais quid de la sécurité des champions, des stars des cours, des Dieux du stade ? Réponses de Romain Guidicelli, président de l’UNA3P, l’Union Nationale des Activités de Protection Physique des Personnes.

En quoi la sécurité des sportifs constitue-t-elle une mission particulière ?

La protection de sportifs est abordée comme toutes les protections de personnalités, mais les spécificités du VIP doivent être prises en compte. En effet, si l’athlète fait 20 kms de jogging chaque jour, il faudra prévoir outre une tenue adaptée aux différentes situations, mais aussi une équipe plus importante pour pouvoir réagir à tout moment lors de l’effort. De plus, les grands champions représentent des nations, des pays et pour cette raison doivent être présents aux compétitions prévues. Ce qui augmente la vigilance du staff, mais aussi l’aspect sécuritaire, car il ne s’agit pas qu’il se blesse, qu’il ait un accident, mais qu’il soit et reste serein tout au long de la compétition ; la concentration de ces grands sportifs est aussi importante que leur préparation physique. Un professionnel de la protection rapprochée se doit aussi de se rendre le plus discret et le plus efficace, afin de ne pas ajouter de pression supplémentaire sur le champion. Q quand les joueurs de football de l’équipe de France se réunissent à Clairefontaine, c’est pour s’isoler le plus possible du public, de la presse, mais également parfois de leur famille, afin d’être dans les meilleures conditions de concentration et de sûreté, mais aussi de sécurité alimentaire. Un cocon est formé autour d’eux pour les mettre dans les conditions les plus favorables pour aborder la compétition nationale et/ou internationale.
Le garde du corps est alors la seule personne avec qui le champion peut parler. C’est pourquoi, la formation des agents doit être renforcée, particulièrement d’un point de vue psychologique. La profession doit aussi être mieux appréhendée par les autorités et obtenir une réglementation propre au secteur.

Quelles sont les principales attentes exprimées par les sportifs dont vous assurez la sécurité ?

Les grands champions sont soumis aux traditionnelles séances d’autographes. Mais lors de ces séances, ils ne sont jamais à l’abri d’un mouvement de foule incontrôlable ou pire d’un détraqué venu pour blesser ou atteindre le champion afin de favoriser son idole ou son pays. Dans l’ensemble, les champions avant la compétition sont discrets. Ils évitent les foules et se concentrent sur la compétition. Mais lorsque le match est gagné, c’est à ce moment qu’il faut redoubler de vigilance, car le champion et son staff se relâchent sous l’émotion de la victoire (ou d’une défaite) ; c’est alors, qu’une agression physique peut intervenir.
Il y a de nombreux exemples. À Roland Garros, lors de la finale de 2009, un intrus a réussi à s’introduire sur le court central, jouant au chat et à la souris avec le service de sécurité du tournoi et s’attaquant à Federer. En 2013, des fumigènes ont été lancés sur le court en plein match de finale,…

Vous assurez justement la sécurité de tennismen lors de Roland Garros. Quelles sont les contraintes spécifiques liées à ce tournoi ?

Comme toutes manifestations sportives, celle-ci doit, par définition, rester festive et conviviale, afin d’attirer un large public de tous univers. Et, particulièrement en France où il nous est souvent demandé d’être en costume cravate sur un cours de tennis ou sur une enceinte sportive. Cette tenue est inadaptée à une intervention optimale.
La problématique est qu’il est difficile et coûteux de mettre une paroi en verre blindée autour des cours, cela nuirait évidemment à l’attrait, à l’intérêt et au fairplay de la compétition.

Comment se déroule une journée-type pour vos collaborateurs en charge de la sécurité d’un joueur ?

Il faut parfois assurer la sécurité du champion 24h/24h. Ceci se traduit par la présence d’une protection statique à sa résidence ou son hôtel et un agent mobile qui le suit dans ses déplacements. Malheureusement, la législation concernant les entreprises de prévention et de sécurité dont nous dépendons est inadaptée à notre secteur. En effet, les amplitudes horaires dépassent parfois les horaires autorisés par le droit du travail.

Quels sont les principaux risques ? Les principales vulnérabilités ?

Le risque est qu’un détraqué, la foule, un fan de l’équipe adverse commette un geste imprévisible et hostile. Les enjeux parfois financiers qu’il peut y avoir à la clef et les conséquences sur l’image d’une nation toute entière constituent également des épées de Damoclès récurrentes.
Dans ses missions, le garde du corps doit aussi juger et jauger le conducteur de la voiture qui accompagnera le champion tout au long de la compétition. Bien souvent, des sponsors mettent à disposition ce service et les chauffeurs ne sont pas prêts à faire face à une évacuation urgente. De plus, parfois, les chauffeurs changeront et il faudra alors recommencer la sensibilisation à la sécurité.
Le 13 avril 1993, à Hambourg, Monica Seles avait été poignardée par un déséquilibré, fan de Steffi Graf. La joueuse avait vu sa carrière interrompue pendant plus de 2 ans. Cet incident démontre clairement que tout spectateur peut être un éventuel agresseur, et c’est pour cela que les agents doivent redoubler de vigilance afin de prévoir l’imprévisible ou, au pire, de prendre en charge l’incident rapidement et efficacement lorsque celui-ci survient malgré tout.

Quelles sont les mesures clés à prendre pour assurer la sécurité de ces personnalités pas comme les autres ?

Au niveau de la protection rapprochée, les mesures restent similaires à n’importe quelle personnalité, car si nous sommes sollicités, c’est que le risque existe et il n’y a pas de petits ou grands risques ; il y a un risque. Pour les sportifs, la protection est toutefois moins contraignante et moins lourde que sur une personne menacée de mort. Mais il faut s’adapter à la vie du sportif et à une hygiène de vie impeccable pour ceux qui les accompagnent tout au long d’une carrière.

Y a-t-il un sportif qui vous a particulièrement marqué ?

Je fais ce métier depuis 25 ans. De ce fait, j’ai de nombreux souvenirs et anecdotes. Mais, de par mon expérience, plus rien ne me choque. On attache beaucoup moins d’importance à des situations risquées ou exceptionnelles, qui pourraient paraître des exploits au simple citoyen. Notre métier est un métier de loyauté et de discrétion.
Je suis marqué par beaucoup d’aventures, toutes riches et passionnantes, mais cela restera du domaine confidentiel. Aujourd’hui, je suis Président de l’Union Nationale des Activités de Protection Physique des Personnes (UNA3P) et j’essaie chaque jour avec ma modeste contribution de faire évoluer ce secteur important pour l’économie et la stratégie nationale.
Les entreprises de protection de personnes physique souffrent économiquement, d’une législation inadaptée en France, qui favorise le travail au noir ou la concurrence de nos voisins européens. Il faut également communiquer sur la législation engageant la responsabilité des donneurs d’ordres.