Grand témoin

« Nous souhaitons à Lille éradiquer tout forme de violence »

LOSC - Stade
Le 20 juin 2014 Imprimer

Entretien avec Bruno Chapel, responsable sécurité du LOSC

Quels sont les principaux enjeux auxquels vous êtes aujourd’hui confronté en matière de sécurité/sûreté ?

Les dernières études et statistiques mettent en exergue 3 points fondamentaux pour attirer les spectateurs au stade (la sécurité, l’accueil et l’accessibilité).
40 % des personnes interrogées qui refusent de venir dans les stades invoquent des raisons de sécurité, par conséquent notre priorité est bien de tout mettre en œuvre pour accueillir les spectateurs dans les meilleures conditions.
Nous souhaitons à Lille éradiquer tout forme de violence et appliquons un principe de tolérance zéro en déposant plainte systématiquement contre tout comportement déviant ou violent.
À ce jour dans les stades de nombreux spectateurs pensent que le stade est un exutoire leur octroyant le droit d’avoir un comportement inapproprié.
Pour ce faire nous devons insister sur la formation des stadiers au niveau de l’accueil et mettre en places des procédures dont un document intitulé « Savoir faire des personnels du stade ».
Autre enjeu en termes de sécurité est de permettre au service marketing et communication de mettre en place des animations tout en faisant respecter la réglementation de lutte contre l’incendie du 25 juin 1980.
En résumé il faut professionnaliser les dispositifs sécuritaires et moderniser les équipements pour accueillir nos spectateurs dans les meilleures conditions et attirer de nouveaux spectateurs.

Quels sont les principaux risques et menaces auxquels le LOSC est confronté ?

Nous pouvons identifier 2 risques majeurs dans un stade. Le risque terroriste : notre stade peut réunir à l’instant T 50 000 spectateurs ; c’est une cible attractive avec une visibilité importante de par la médiatisation et retransmission TV en direct et partout dans le monde. Le risque de mouvement de foule : des publics antagonistes peuvent à tout moment générer un mouvement de foule et de panique.

Comment réussir à sécuriser les spectateurs sans toutefois véhiculer un sentiment de « surveillance » trop fort ?

Nous insistons sur la formation du personnel, sur leur savoir mais surtout sur leur savoir-être. Nous sommes beaucoup dans la communication aussi bien avec les spectateurs que les groupes de supporters.
Nous privilégions la communication positive et une relation gagnant-gagnant en appliquant le règlement intérieur avec discernement et souplesse.
De plus, nous adaptons le profil des agents à la typologie des populations en tribune car il est essentiel de connaître l’espace social de son stade.

Comment est organisé votre service de sécurité ?

Notre dispositif opérationnel de stadiers est composé d’environ 650 agents par match. Nous faisons vivre le dispositif par un organigramme très précis composé de superviseurs-chefs d’équipe et stadiers.
Les missions sont multiples :gestion des parkings, contrôle du périmètre de sécurité aux abords du stade, contrôles aux entrées, palpation de sécurité, orientation des spectateurs, accueil et placement en tribune, gestion des consignes, liftiers, équipes d’interventions en tribune, agents pelouse et vestiaires.
Nous fonctionnons avec 8 prestataires avec un cahier des charges détaillé pour chaque mission. Nous n’avons pas de service interne de sécurité.

Surveillance humaine, vidéoprotection, biométrie, etc. Quels sont les principaux moyens utilisés pour assurer la sécurité ?

Le stade bénéficie d’un système de vidéoprotection très performant et 4 opérateurs spécialement formés sur des séquences de travail définies et déterminées à l’avance selon l’analyse des risques de la rencontre. La vidéoprotection est considérée comme l’œil du stade, chaque zone est visualisée et lors de chaque incident nous demandons une assistance vidéo qui nous permet de mieux analyser la situation et de remettre aux OPJ les images.
Nous avons un coordinateur au PCS par lequel transite toutes les informations et demandes d’intervention.
Ensuite, le coordinateur dicte la conduite à tenir aux superviseurs de chaque secteur du stade ; la fonction d’un superviseur étant de garantir le bon fonctionnement d’un secteur (tribune, pelouse, vestiaires, presse, parkings, périmètre extérieur). Nous faisons en sorte que chaque demande soit traitée par ordre de priorité ; ainsi la communication de par les TW doit être concise, précise et disciplinée.
Chaque superviseur doit remettre à la fin de son service une restitution globale de l’activité de son secteur.

Quelles sont les mesures particulières que vous mettez en place lors des « grands soirs » de match ?

De par l’analyse des risques, nous mettons en place des dispositions particulières en relation avec les autorités publiques qui passent souvent par un renfort des forces de l’ordre mais aussi de stadiers.
Nous ajustons notre dispositif en adéquation avec les points sensibles qui sont recensés, analysés et vérifiés.
Il faut parfois faire preuve d’adaptation et modifier nos séquences de travail afin de trouver les meilleures solutions : rester réactif et anticiper au maximum.
Cependant, par expérience, les problèmes surviennent souvent quand on ne s’y attend pas sur des matchs jugés non sensibles ; il faut donc faire preuve de vigilance dès l’ouverture des portes jusque l’évacuation totale du public.
Stadier est devenu un métier, l’intégralité de nos stadiers sont employés par des sociétés de sécurité privée. Ils sont pour la plupart détenteurs d’un certificat de qualification professionnelle. Chaque stadier a une formation et un périmètre d’intervention qu’il doit maîtriser parfaitement.
Le déroulement de nos séquences de travail doit se faire naturellement en effectuant des exercices de mise en situation réelle et évaluation sur le contrôle des connaissances des procédures et consignes.

Comment est assurée la sécurité des personnalités ?

La sécurité des personnalités est assurée en synergie avec nos agents spécialement formés ainsi que les agents de protection rapprochée de la personnalité qui connaissent les habitudes de la personne.
Nous travaillons en étroite collaboration avec les services protocolaires à qui nous demandons un maximum de renseignements (véhicules, nombre, heures d’arrivée et heures de départ, volonté de se rendre dans certains endroits du stade).
Nous faisons quelques jours auparavant une reconnaissance commune et établissons nos consignes pour les agents, chaque étape d’un déplacement doit être reconnue (lieu de stationnement ou de dépose, ouverture porte, ascenseur libre, salle médicalisée …) ; en résumé il faut anticiper toute difficulté car l’improvisation est à proscrire.

Comment êtes-vous organisé avec les forces de l’ordre public ?

Nous travaillons en étroite collaboration et échangeons régulièrement nos informations, nous bénéficions d’un référent Police conformément aux prérogatives de la Direction Nationale de Lutte contre le Hooliganisme. En fonction du contexte et analyse des risques, nous établissons le dispositif au travers d’une convention. Régulièrement, et lors de chaque fin de saison, nous nous concertons sur ce qui a fonctionné mais surtout sur ce qu’il faut améliorer ensemble.

Avez-vous identifié de nouvelles tendances, de nouvelles technologies ou solutions émergentes en matière de sécurité ?

La biométrie reste une technologie qui pourrait améliorer l’identification des spectateurs à risques qui sont connus, permettant ainsi d’anticiper d’éventuels incidents.
Les nouveaux contrôles d’accès sont aussi pour nous très importants pour maîtriser les flux aux entrées.