Focus

Violences, incivilités et autres infractions liées au sport

Le 19 juin 2014 Imprimer

Violences, incivilités, infractions… Les activités sportives sont la source de multiples déviances qui ont été recensées, analysées et présentées par l’ONDRP. En 2010 2857 infractions ont ainsi été constatées par les services de police et les unités de la gendarmerie nationales dans les enceintes sportives ou aux abords. Quelles sont ces violences ? Comment naissent-elles ? Concernent-elles tous les sports ? Synthèse.

Extraits de « FOCUS n°8. Violences, incivilités et autres infractions spécifiques aux activités physiques et sportives en France de 2005 à 2011 » publié par l’ONDRP, observatoire national de la délinquance et des réponses pénales.

Le football en ligne de mire

Il existerait une recrudescence des actes répréhensibles dans le milieu sportif. À première vue, si l’on se réfère à l’actualité au travers des médias, on serait tenté de dire que les violences et incivilités ne touchent que le football. Cette omniprésence du football dans les débats sur la violence dans le sport ne doit pas être occultée mais elle focalise l’attention au détriment d’autres sports. S’il reste vrai que les tragédies liées aux violences dans le football sont très médiatisées, comme le récent drame dans un stade de Port-Saïd en Égypte qui a provoqué la mort de près de 75 personnes, ces évènements restent exceptionnels au sens statistique du terme (très faible probabilité d’occurrence, du moins en France). Or, pourquoi les autres sports, tous niveaux confondus (amateur ou professionnel), ne seraient-ils pas aussi concernés ? On peut aisément se poser cette question en se remémorant les affrontements entre supporters croates et serbes aux championnats d’Europe de water-polo en 2003. Et quelle serait l’ampleur du phénomène rapporté au nombre de rencontres sportives annuelles, au nombre de licenciés, etc. ?
Seul le monde du football s’est doté d’outils de mesure du phénomène distincts de leurs commissions de discipline. À de très nombreux niveaux (football amateur, professionnel, arbitres), les violences et incivilités ont la possibilité d’être identifiées par un outil national de remontée des informations, ce qui n’est a priori pas le cas dans la plupart des autres activités physiques et sportives. Le constat est clair : il n’existe pas d’outil de mesure uniformisé des incidents liés à la pratique des activités physiques et sportives. L’enjeu est donc de savoir comment établir un état des lieux du « phénomène » s’il en est un.

La violence au cours des manifestations sportives n’est pas un fait nouveau

George ORWELL écrivait qu’« à un certain niveau, le sport n’a plus rien à voir avec le fair-play. Il met en jeu la haine, la jalousie, la forfanterie, le mépris de toutes les règles et le plaisir sadique que procure le spectacle de la violence : en d’autres termes, ce n’est plus qu’une guerre sans coups de feu » … même si certains faits montrent parfois que les tirs et les victimes sont bien réels. Norbert ELIAS et Éric DUNNING ont évoqué le fait que les règlements sportifs avaient permis de mettre en place un « processus civilisateur ». « L’incivilité, la violence dans le sport, ne sont que les expressions sociales et culturelles du niveau de civilisation que nous avons atteint collectivement » (Norbert ELIAS). D’un autre point de vue, même si le sport est le vecteur de bon nombre de valeurs et est très largement utilisé pour tenter de réduire certains « maux sociétaux », il est également, à « l’image de la société, le théâtre d’incivilités, de violences morales, verbales et physiques, d’attitudes et propos racistes et xénophobes, de dopage, de corruption et où les enjeux financiers à haut niveau de pratique prennent une place importante ». Ainsi, la théorie selon laquelle considérer que « le sport a une fonction de contrôle de la violence est une construction totalement a priori »

Des différences notables d’un sport à l’autre

Mais tous les sports ne seraient pas touchés par les mêmes types de dérives et tous ne présentent pas les mêmes niveaux de gravité. Déjà en 1993, Jean-Marie BROHM, écrivait que « tous les sports – pratiques sportives compétitives – se durcissent progressivement et le niveau de violence atteint à présent des degrés inquiétants, dénoncés par tous les observateurs ». L’article de la Lettre de l’économie du sport n° 465 du 13 janvier 1999 mentionne par ailleurs que « selon les chiffres recueillis auprès des grandes fédérations de sports collectifs (football, rugby, basket, handball et volley) pour la saison 1997/1998 », les « commissions de discipline ne chôment pas ». Jean-Marie BROHM présentait les trois aspects principaux de la violence associée au spectacle sportif : la militarisation de l’espace (la présence de plus en plus massive de forces de l’ordre), l’exacerbation des enjeux sportifs (économique notamment), et l’exaspération des passions sportives nationales (chauvinisme, nationalisme, voire racisme et xénophobie).
Aujourd’hui, les paris sportifs sont venus s’ajouter à la complexité des interactions entre les acteurs du monde sportif professionnel.

Un arsenal juridique pour combattre les violences

Le sport jouirait d’une « sorte d’extraterritorialité juridique dans lequel prennent parfois corps et sens nombre d’exactions ou de comportements déviants ». Et pourtant, l’évolution de la législation européenne et française, depuis 1985, tendrait à prouver qu’il existe une réelle volonté de lutter contre les violences dans les manifestations sportives et notamment dans les stades. Dans les années 80,  le hooliganisme représentait la principale préoccupation, même si d’après Manuel COMERON, il « fait couler plus d’encre que de sang, plus de salive que de larmes ».
Depuis le drame du Heysel du 29 mai 1985 (39 morts et plus de 600 blessés suite à des affrontements entre hooligans de Liverpool et de la Juventus), les pouvoirs publics, à tous les niveaux (national, européen, international), ont mis en place de nombreuses mesures destinées à combattre les violences, les débordements largement médiatisés. La convention européenne sur la violence et les débordements de spectateurs lors de manifestations sportives s’applique à tous les sports, mais surtout le football. Les 41 États membres sont invités à prendre des mesures concrètes destinées à prévenir et maîtriser la violence. Elle énonce aussi des mesures en vue de l’identification et la poursuite des contrevenants. En France, l’arsenal juridique s’est développé tant dans le domaine de la répression que de la prévention.
Étant donné les quelques initiatives prises en France pour lutter contre les violences et les incivilités, le phénomène semble être une réalité.

Des initiatives à suivre…

Le ministère des sports, de la jeunesse, de l’éducation populaire et de la vie associative (MSJEPVA) mène une politique de lutte contre les incivilités, violences et discriminations. Cette approche se fait de deux manières : on distingue d’une part les actions du ministère à destination des services déconcentrés et des partenaires sportifs (1er axe) et d’autre part le suivi par le ministère d’initiatives menées par ses services déconcentrés ou ses partenaires sportifs dans le but d’une mutualisation des expériences (2e axe). Parmi ces actions, certaines ont directement pour vocation de participer à une logique de meilleure quantification de ces phénomènes et d’autres ont avant tout pour vocation de lutter, d’enrayer ces phénomènes (et in fine d’avoir un impact positif d’une année sur l’autre sur la baisse de ces phénomènes contraires aux valeurs sportives).
Autre exemple, une charte de bonne conduite a été présentée à une soixantaine de clubs sportifs de l’arrondissement du bassin d’Arcachon le 16 septembre 2011 à Gujan-Mestras. Il s’agissait de découvrir le rôle et l’action de la cellule de prévention et d’accompagnement des clubs, créée en juin 2010 sous l’égide de la Direction départementale de la cohésion sociale, ainsi que la charte de l’éthique et de la déontologie du sport en Gironde. Cette cellule 30 d’accompagnement, destinée à lutter contre les incivilités et les violences dans le sport, est composée de sportifs, magistrats, gendarmes.
Parallèlement, certaines unités se développent, comme les Sections d’intervention rapide qui constituent de véritables unités œuvrant contre les comportements déviants dans les tribunes des stades de football et s’intégrant dans le système complexe de la coproduction de sécurité.